|
Ce PM vient d'être implanté il y a quelques heures (le 22/02/2010) chez un homme né en 1929. L'objectif est de corriger des troubles conductifs à l'étage atrio-ventriculaire sans chercher à privilégier la conduction autonome.
A la clinique de Gentilly (Nancy), les Biotronik sont livrés avec leurs automatismes fermés pour éviter tout risque d'arrêt cardiaque quand le Contrôle Automatique de Capture considère comme bipolaire une vieille sonde ventriculaire unipolaire chez un patient qui a vraiment besoin d'une stimulation ventriculaire. C'est dommageable dans la mesure où le PM est vraiment déclassé avec tous ses algorithmes protecteurs fermés, polarités unipolaires.
Celui qui motive cette petite histoire fut reprogrammé au bloc opératoire en sensibilité A et V bipolaire valeur standard (1 mV pour l'oreillette) et 2,5 mV pour le ventricule. Les seuils procurés par les deux sondes — Somedics Isofine — étaient excellents (<0,5V) et le CAC fut ouvert, la stimulation est unipolaire dans les deux cavités.
Comment expliquer cette stimulation ventriculaire intermittente ?

Certains n'attacheront pas d'importance à cette stimulation ventriculaire intermittente. Ne s'agit-il pas d'une recherche d'onde R qui cause volontairement l'interruption de la stimulation pour garder de beaux QRS fins. ?
Cet optimisme serait une erreur. Qu'il y ait ou non un algorithme privilégiant la conduction autonome, ce tracé doit évoquer une mauvaise détection atriale. Autre information à prendre en compte, la tension ventriculaire gérée par le CAC est de 4,8 V ce qui laisse à penser que le seuil ventriculaire est élevé. C'est pour le moins désagréable quand le but de la manœuvre est de corriger un BAV intermittent.

Grâce aux marqueurs le diagnostic de mauvaise détection atriale est confirmé. Les ondes P sont perçues, mais souvent inférieures au 1 mV requis. Les onde R sont détectées avant la fin de l'intervalle VA ce qui est un peu piègeant.

Les statistiques indiquent 67 % de VV autrement dit des pseudo ESV conséquence de cete mauvaise détection atriale et seulement 27 % de détection des ondes P (AS), la tension ventriculaire s'est calée immédiatement au maximum.

La bonne nouvelle est que le seuil de stimulation ventriculaire est excellent avec une capture obtenue à 0,4V. Le CAC a été piégé peut-être du fait de cette mauvaise détection atriale.
Deuxième bonne nouvelle, en dépit d'une détection pas terrible, le seuil de stimulation atriale est aussi bon que celui du ventricule, avec une capture maintenue à 0,4 V . C'est clair en stimulation AAI unipolaire - 90 cpm "temporaire "montrant que la conduction AV est souvent acceptable mais précaire .
^^^
La solution est donc simple : augmenter la sensibilité atriale en passant de 1 à 0,4 mV. Le CAC s'est planté, on est tenté de le fermer, mais maintenons le ouvert pour voir si après une nuit de repos pendantlaquelle la détection atriale sera rétablie le procédé fonctionne. Voici le tracé enregistré après le nouveau réglage précédé d'une stimulation AAI pour vérifier le seuil. Chaque onde P déclenche une impulsion ventriculaire, le CAC est optimiste : 0,8V.

Ces derniers documents ont été enregistrés le lendemain matin (23/02/2010) et sont bien accueillis. La tension ventriculaire est restée à 0,8V, avec un seuil qui s'est maintnu à 0,3V. La détection atriale suivie d'une stimulation ventriculaire (AS-VP) est survenue dans 91% du temps.
C'était bien la mauvaise détection atriale qui était le problème. Ce dernier tracé, enregistré en supprimant volontairemnt la détection atriale, permet de comprendre pourquoi le CAC a été piègé.

Le défaut de détection atriale marqué en jaune génère une stimulation atriale au début de l'onde R — en fenêtre de sécurité — ce qui induit une stimulation ventriculaire avec capture après un délai AV court, le même phénomène se reproduit ensuite avec une fusion ventriculaire, puis survient une stimulation atriale un peu plus tardive suivie d'une stimulation ventriculaire dans l'onde R. Le CAC l'identifie à juste titre comme inefficace, délivre une impulsion de sécurité et la tension ventriculaire passe à 3,8V le seuil étant estimé — à tort — à 1,9V valeur bien supérieure au seuil réel. L'absence de stimulation AV qui cloture le tracé est liée au défaut de détection atriale masqué par la détection ventriculaire.
Le patient est ressorti après ce test. Pour rester "moderne", le délai AV a été programmé avec un allongement périodique de 180ms pour essayer de ne pas stimuler le ventricule quand le trouble conductif n'est pas majeur, la tendance étant de privilégier la synchronisation intraventriculaire aux dépens de la synchronisation AV.
Morale de l'histoire
Les dispositifs ajustant la tension ventriculaire au seuil peuvent être piégés, non seulement par des défauts de détection ventriculaire mais aussi quand la détection atriale est défectueuse. Il convnent d'y penser et ne pas leur en vouloir, nobody is perfect…
|